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4
Mai

« La mobilité est de plus en plus pensée comme un service »

Entretien avec Philippe Detours, general partner de la société de gestion Demeter, en charge des fonds Infrastructure. Il sera l’un des intervenants de la prochaine édition du Forum Energy for Smart Mobility, les 13 et 14 octobre prochains.

1/ Quels principaux investissements ont été réalisés par Demeter dans le domaine de la smart mobility ?

Demeter via le Fonds de Modernisation Ecologique des Transports (FMET) dispose d’un véhicule dédié à la smart mobility (essentiellement infrastructures). Nous avons investi dans les réseaux de recharge de véhicules électriques (à Lyon avec Izivia, à St Etienne avec eTotem), dans les réseaux d’avitaillement en GNV avec Proviridis, dans le stockage stationnaire d’énergie en réutilisant les batteries de seconde vie des véhicules électriques Renault, dans les hubs de mobilité comme celui de la future gare St Denis Pleyel (Grand Paris Express).

Les investisseurs de ce fonds (APRR, SANEF et Vinci Autoroutes) nous ont également permis, au cas par cas, de nous positionner à la frontière entre le venture et l’infrastructure. En effet, de nombreuses jeunes sociétés proposant de nouvelles formes de mobilité et souhaitant lever des fonds se heurtent aux limites liées à la structure du marché du capital investissement :

  • La modernisation écologique des transports ne peut se faire que par l’innovation dans le service proposé. Ces sociétés proposent donc de nouveaux services de mobilité, sans historique de performance ou de trafic, et pour lequel un fonds infrastructure classique aura du mal à identifier un modèle d’affaires éprouvé et une source prévisible et récurrente de cash flows ;  
  • En revanche, les infrastructures ou services de transport sont par définition « capital intensive », ce qui amène en général à des besoins en investissement supérieurs aux montants alloués par les fonds de VC (tout au moins en France) qui sont en plus pour la plupart à la recherche d’investissements « asset light ».

Le FMET a l’agilité nécessaire pour s’affranchir de ces contraintes et contribuer à l’émergence de nouveaux champions français de la smart mobility. Gireve (interopérabilité des réseaux de recharge de VE) et Cityscoot (scooters électriques en free floating) sont deux exemples qui illustrent cette stratégie. Le FMET va bientôt annoncer un nouvel investissement « Infraventure » proposant une nouvelle forme de mobilité propre en ville.

« Nous accompagnons les projets à tous les stades »

2/ Est-ce que d’autres fonds de Demeter sont impliqués dans la smart mobility ?

Absolument, nos fonds « croissance » ont investi dans des PME du secteur[1] et nos fonds « Innovation » dans de nombreuses start-up[2]. Le fonds Paris Fonds Vert s’intéresse aux PME dans les mobilités douces, la mobilité partagée, l’optimisation logistique. Le fonds Demeter Smart City Innovation continue à regarder des opportunités d’investissement dans les start-ups innovantes de la smart mobility en ville et dans les territoires. Enfin Demeter renforce encore son offre de financement avec Green European Tech (GET), un fonds Venture de 250M€ qui accompagnera les start-ups européennes dans la croissance, notamment dans le secteur de la mobilité. Nous avons ainsi la capacité d’accompagner les projets de mobilité à tous les stades de développement, innovation, croissance et infrastructures.

3/ Quels types de projets recherchez-vous en priorité ?

La réalité est que nous regardons tous les secteurs, même si certains sont plus murs que d’autres, d’un point de vue technologique. Il n’y a pas un seul et unique secteur, ou une seule et unique technologie, qui va s’imposer au détriment des autres. Il y a autant de solutions que d’usages. La difficulté est de bien appréhender les besoins de chaque segment de marché et l’adéquation de la solution proposée pour répondre à ce besoin.

« La mobilité douce va encore se développer »

4/ Comment anticipez-vous le développement de la smart mobility dans les prochaines années ?

La smart mobility est au confluent de plusieurs changements structurels et de long terme de notre société (transition énergétique, digitalisation, réaménagement des espaces urbains, santé publique …). Les formes de mobilité douce vont être amenées à se développer davantage encore, surtout en milieu urbain. Surtout la mobilité est de plus en plus pensée comme un service, et de moins en moins attachée à la possession d’un véhicule. Ces évolutions vont amener à une redistribution des rôles au sein même des acteurs du transport : constructeurs auto, énergéticiens, collectivités, sociétés de transport, gestionnaires d’infrastructures de transport, logisticiens … tous ces acteurs repensent leur business modèle actuel pour s’adapter à cette nouvelle donne.

5/ Est-ce que la crise du Covid-19 pourrait freiner la croissance de ces marchés ?

Il est trop tôt pour avoir des certitudes. On peut imaginer que les transports en commun vont souffrir durablement de la crise actuelle. Les solutions alternatives, vélo, véhicules en free floating pourraient tirer un avantage de cette situation. En Chine, on observe au mois de mars 2020 (moins d’un mois après le début du déconfinement), une explosion de la vente de véhicules (3,6X les ventes de mars 2019), et une forte diminution des passagers dans le métro (-50%).


[1] Les fonds « Croissance » ont investi dans : IES (électronique de puissance et bornes de recharge de VE), Comarth Engineering (fabrication de VE), Fermentalg (biocarburant), Optimum Automotive (gestion et optimisation des flottes de véhicules), Hesus (optimisation de la logistique des chantiers).

[2] Les fonds « Innovation » ont investi dans Nawatechnologies, McPhy, Ergosup (pour l’électrification des transports ou les carburant alternatifs) ou encore Zenpark (nouveaux services), GEOFLEX (géolocalisation ultra-précise notamment pour les véhicules autonomes et ADAS), OUTSIGHT (caméra sémantique 3D pour la ville et la mobilité), PONY (trottinettes et vélos électriques).

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